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Peter May
L’homme de Lewis

Ed. du Rouergue, 320 pages,
fr. 32.–

Incapable de poursuivre son métier de flic, Fin Macleod quitte la police et retourne sur son île natale. Il a perdu son fils dans un accident et son mariage n’y a pas survécu. De retour sur l’île de Lewis, il espère que sa vie reprendra sens. Pourtant, il va devoir se replonger dans le métier. On vient de découvrir le vieux cadavre d’un jeune homme dans une tourbière. Les analyses ADN font le lien avec le père de son amour de jeunesse, et en font le suspect principal. Hélas le vieil homme est atteint d’Alzheimer. Commence alors une course contre la montre : contre la perte de mémoire, contre l’arrivée imminente d’un inspecteur principal qui n’épargnera pas le vieil homme.
Ici, la parole est donnée avant tout au vieil homme, héros inconscient et involontaire. A travers les brumes de sa mémoire, l’enquête piétine puis progresse. Cela donne au récit une texture particulière, où l’écriture de Peter May louvoie entre le fil de l’intrigue et la fascination pour la nature puissante des Hébrides.

Carlos Salem
Je reste roi d’Espagne

Ed. Actes Sud / Actes Noirs,
393 pages, fr. 35.20

Ce sont les retrouvailles de deux paumés : Arregui, ex-flic reconverti en détective privé qui patauge dans son marasme existentiel depuis des années, et Juanito, le roi d’Espagne qui a fui le palais et ses obligations quelques semaines avant Noël. Arregui doit le ramener à tout prix pour les fêtes de fin d’année. Facile ? De le retrouver oui. De le ramener ? Pas du tout !
Carlos Salem nous fait visiter une Espagne rurale, voire arriérée où se croisent un devin "retroviseur", un chef d’orchestre déchu ou encore de vieux révolutionnaires perdus dans le passé…
On prend la route avec ces deux comparses mélancoliques et déjantés et on les suit dans leurs mésaventures toujours absurdes mais qui les mènent quoi qu’il arrive sur la route de Madrid… Quoique…

Lars Kepler
Le pacte

Ed. Actes Sud / Actes noirs,
505 pages, fr. 36.80

L’intrigue policière est menée par un inspecteur finlandais, Joona Linna. Comme dans le roman précédent du couple « Kepler » L’Hypnotiseur, nous sommes plongés dans un décor réaliste qui cherche à retranscrire, de manière quasi journalistique, la société suédoise actuelle, avec ses hackers, ses gauchistes, ses démons. L’effrayant côtoie le quotidien.
Deux cadavres ouvrent ce bal noir. Le premier, une jolie jeune femme retrouvée dans un bateau à la dérive, les poumons emplis d’eau de mer mais les vêtements secs. Quant au second, un directeur général de l’inspection pour les produits stratégiques, son décès laisse planer le doute : meurtre ou suicide ? Les enquêtes vont impliquer des militants pacifistes et révéler un trafic de munitions suédoises vers des pays sous embargo. On nous plonge dans un univers qui tend au cauchemar et « où les contrats ne peuvent être rompus, même par la mort », dans un rythme effréné et avec une démesure dans la violence.
Le pacte passé par les protagonistes est satanique. Et, tel un tableau de Jérôme Bosch, c’est dans les détails que gît le diable. Chaque personnage défend ainsi parfaitement sa partition. Rien d’étonnant donc que la musique, tout particulièrement la figure du violon, soient un des leitmotivs de l’intrigue.

 

ARCHIVES


Craig Johnson
Indien blanc

Ed. Gallmeister,
289 pages, fr. 40.20

Après Little Bird et Le Camp des morts, voici L'Indien blanc, troisième tome des aventures de Walt Longmire, shérif du comté d'Absakora. Celui-ci n'a pas pour habitude de s'éloigner de ses terres familières du Wyoming. Quand il décide d'accompagner son vieil ami Henry Standing Bear à Philadelphie, c'est surtout pour voir sa fille Cady qui y vit. Evidemment, il ne se doute pas que son séjour va prendre une tournure tragique. Agressée pour une raison inconnue, Cady se retrouve dans un profond coma, première victime d'une longue liste, et Longmire se lance sur la piste d'un réseau de trafiquants de drogue. Commence alors une longue traque urbaine sous la protection vigilante et mystérieuse d'un énigmatique Indien blanc.
Craig Johnson nous entraîne dans une course-poursuite haletante au coeur de la Cité de l'amour fraternel et confirme l'appartenance de ce shérif mélancolique à la famille des grands héros du roman policier.

Volker Kutscher
Le poisson mouillé
La mort muette

Ed. Points, coll. Policiers,
660 pages, fr. 14.40
Ed. du Seuil, coll. Policier,
666 pages, fr. 38.50

Berlin, 1929, Gereon Rath est un jeune commissaire arrivant de Cologne, muté à la police des mours de la capitale. On ne sait pas bien ce qui s'est passé dans son poste précédent, mais il a quitté Cologne précipitamment. En ces temps agités à Berlin, la police n'a pas droit à l'erreur : des émeutes communistes provoquent plusieurs morts, et voilà qu'on trouve dans le canal ce cadavre que personne ne peut identifier.. sauf Rath, unique témoin, qui se lance dans l'enquête afin de faire ses preuves et pouvoir finalement réintégrer la Criminelle.
Ce polar a l'air d'être de facture classique, mais en avançant dans l'intrigue on découvre la fragilité d'un homme qui essaie de faire sa place dans une société en pleine ébullition et en proie à l'ascension des chemises brunes. Le projet de l'auteur est d'ausculter une à une les années qui ont vu la chute de la République de Weimar et la montée du nazisme. Bonne nouvelle, la suite vient de paraître, La mort muette, qui met en scène l'année 1930 et les grands bouleversements vécus par l'industrie du cinéma à cette époque, soit la fin du cinéma muet.

 

Qiu Xiaolong
Les courants fourbes du lac Tai

Ed. Liana Levi, 312 pages,
fr. 34.10

L'inspecteur principal Chen commence à être connu, et pas seulement à Shanghai, pour son efficacité et son talent dans les affaires criminelles complexes qui secouent la région. Mais il mérite aussi d'être fréquenté pour son goût de la bonne cuisine et son appartenance à l'Union des Écrivains !
Étant dans les bons papiers du Parti, on l'envoie dans une résidence de vacances au bord du lac Tai pour prendre un peu de repos. Ce lieu, paradisiaque sur le papier, s'avère être extrêmement pollué par les usines de la région qui y déversent leurs déchets toxiques. Peu après son arrivée, le directeur d'une de ces grandes usines est assassiné.
Grâce à une intrigue clairement pétrie d'écologie, Qiu Xialong dénonce l'industrialisation galopante et irrespectueuse de la nature en cours actuellement en Chine.

Petros Markaris
L'empoisonneuse d'Istanbul

Ed. du Seuil, 289 pages,
fr. 36.-

L'empoisonneuse d'Istanbul de Petros Markaris est un roman à enquête, mais pas seulement. En effet, le nom de la présumée coupable est déjà connu et le vrai moteur du livre est l'exploration des motivations profondes d'un cheminement criminel.
Charitos offre à sa femme un voyage à Istanbul où ils prennent contact avec la petite communauté grecque des Roums. Mais le séjour est bientôt perturbé : Maria, une nonagénaire grecque, est accusée d'avoir empoisonné son frère dans le nord de la Grèce puis d'avoir fuit à Istanbul. Charitos est chargé de mener l'enquête avec un jeune collègue turc, pour éviter l'incident diplomatique. Il doit donc collaborer avec ce jeune policier, né en Allemagne : les préjugés sont nombreux des deux côtés, ce qui ne simplifie pas le travail. Sans compter la colère de sa femme.
C'est dans ces multiples complications que ce roman trouve ses qualités. Markaris ne se contente ni d'une visite touristique d'Istanbul, ni d'un roman policier bien mené, mais il se saisit des regards distincts de ses héros, pour nous donner une approche sociologique de la ville.

Urban Waite
La terreur de vivre

Ed. Actes Sud, 268 pages,
fr. 38.90

Phil Hunt a fait de la prison il y a quelques années : il a tué un homme et a payé pour ça. Aujourd'hui, il s'occupe d'un élevage de chevaux et passe de la drogue de l'État de Washington au Canada. Le destin va mettre sur sa route le jeune shérif adjoint Bobby Drake, obsédé par son père, shérif ripoux emprisonné pour. trafic de drogue. Bobby arrête le complice de Hunt, mais celui-ci parvient à prendre la fuite. Les propriétaires de la drogue ne l'entendent bien sûr pas ainsi et engagent un tueur psychopathe pour exécuter Hunt.
Urban Waite est un tout jeune écrivain. La terreur de vivre, son premier roman, est un thriller impressionnant, sombre et violent. Le style très dense sert admirablement le rythme du récit. Les personnages, hantés par la culpabilité et le destin, se révèlent tous convaincants. Une vraie révélation.

Christopher Brookmyre
Les canards en plastique attaquent !

traduit de l'anglais (Ecosse)
Ed. Denoël, 429 pages,
fr. 39.70

Tout commence dans la prestigieuse université de Kelvin en Écosse. Gabriel Lafayette y fait fureur auprès des étudiants dans des spectacles mettant à profit son prétendu talent de médium. Soutenu par un riche mécène et quelques chercheurs, celui que d'aucuns voudraient cantonner au rôle de saltimbanque doué, souhaite voir la science cautionner ses pouvoirs surnaturels. L'enjeu de la manouvre est la création d'une chaire de " physique spiritualiste ". Enthousiasmés par cette perspective, adeptes du spiritisme et clubs de théosophie s'enflamment pendant que les scientifiques s'inquiètent des conséquences de cette fâcheuse expérience, si tant est qu'elle aboutisse.
En sa qualité de doyen honorifique de l'université, le journaliste - et surtout fouille-merde patenté - Jack Parlabane se voit propulsé comme observateur pour départager les participants de cette pétaudière. Et dès qu'il se penche sur la question, les cadavres se mettent à pleuvoir - mais qui a dit que les morts ne pouvaient pas parler ?
Le fervent rationaliste affirme souvent qu'il a besoin de voir pour croire. Détournant astucieusement cette sentence, Brookmyre démontre dans un livre plus malin que ne le laisse présager son titre en apparence grotesque, qu'il faut surtout croire pour voir, la foi se passant allègrement de la logique ou du raisonnement. Sujet vieux comme le monde, on en conviendra, mais traité ici par l'auteur écossais d'une manière futée et avec une ironie british délicieusement mordante.

Keigo Higashino
La Maison où je suis mort autrefois

traduit du japonais
Ed. Actes Sud, 254 pages,
fr. 32.-

Qui sommes-nous ? Pour la plupart y répondre serait un jeu d'enfant, mais où nous situons-nous lorsque l'enfance n'a pas laissé de traces ? Sayaka le sait bien puisqu'elle n'en sait rien. Elle s'est construite seule, laissant naître en elle un vide. Mais au décès de son père, ce besoin irrépressible de reconquérir sa mémoire devient une obsession.
Avec un ton neutre et retenu, Higashino nous entraîne dans le dédale de cette mémoire, et de sa plume froide et subtile c'est tout l'art d'une voix japonaise qui parle. Au travers des silences s'exprime la vérité. Une vérité lugubre, mais fascinante.

Ake Edwardson
Presque mort

Edwardson

Ed. Lattès, 476 pages,
fr. 43.50

Une voiture abandonnée moteur allumé sur un pont à Göteborg. Une balle dans un siège, mais ni cadavre, ni trace de sang. Le propriétaire dit qu'on lui l'a volée. Mais il ment. Un écrivain tente de retracer l'histoire de sa sour disparue il y a trente ans. Il se sent menacé par son voisin, un homme étrange et colérique. Et puis un meurtre survient. Les destins de cinq hommes vont se trouver mêlés : l'écrivain, son voisin retrouvé assassiné, un politicien disparu, un gangster, et le commissaire Erik Winter chargé de l'affaire et dont c'est ici l'avant-dernière aventure.
Toujours obsédé par la maladie et la mort, harcelé par des maux de tête de plus en plus violents, Winter est convaincu qu'il est atteint par un cancer. Mais il fait tout pour ne pas savoir : il y a toujours plus urgent que d'aller chez le médecin.
Comme toujours chez Edwardson, l'intrigue est longtemps ténue, réduite à des filaments qu'il est difficile d'assembler, puis développée avec un art aigu des dialogues et une écriture elliptique et élégante.

Jan Costin Wagner
Le silence

Wagner

Ed. Chambon, 238 pages,
fr. 39.60

Lorsque Timo Korvenso apprend qu'on a trouvé une bicyclette à l'endroit exact où, trente ans plus tôt, une adolescente retrouvée morte dans un lac voisin avait laissé la sienne, le silence sous lequel il avait cru enterrer son passé devient assourdissant. Poussé par une force irrépressible, il laisse derrière lui le bonheur familial qu'il avait patiemment construit et part sur les traces d'un crime qui n'a jamais été élucidé et pour lequel personne n'a jamais payé.
De son côté, le commissaire Kimmo Joentaa mène une enquête sans cesse parasitée par les fantômes du passé. Car quand trente-trois ans après le meurtre d'une jeune fille, une autre jeune fille disparaît, au même endroit et dans les mêmes circonstances, impossible de croire à une coïncidence. Personne mieux que Joentaa ne sait ce que l'on éprouve à la perte d'un être cher. C'est pourquoi, contre toute logique ce commissaire de la police de Turku se garde de contre-dire les parents de Sinikka Vehkasalo, la fille à laquelle appartenait le vélo, qui croient en la survie de leur fille.
Maître des incertitudes morales, Jan Costin Wagner nous emmène dans un voyage fascinant au cour des pulsions interdites.

Olen Steinhauer
Le touriste

Steinhauer

Ed. Liana Levi, 524 pages, fr. 39.70

Milo Weaver fut des années durant un « touriste », terme inventé par l'auteur qui désigne un agent secret de la CIA aux identités multiples et que ses missions font parcourir le monde. Aujourd'hui rangé dans un travail de bureau (toujours pour l'agence), il mène une vie tranquille avec sa femme, qu'il rencontra enceinte au hasard d'une de ses dernières missions, et qui ne sait rien de son passé. Il a pris du poids, a cessé de prendre des excitants, calmé ses tendances suicidaires. Mais le tueur à gages qu'il poursuivait en vain depuis des années lui révèle des machinations insoupçonnées au sein de l'agence. Milo n'a d'autre choix que de retourner sur le terrain pour connaître le fin mot de l'histoire.
Une histoire d'espionnage habilement structurée et moderne, qui ne cesse de nous réserver des surprises, nous enfonçant toujours plus dans un labyrinthe d'identités fabriquées, de faux-semblants inextricables.
Le monde du "Touriste" est celui de la mondialisation, de la fin des idéologies, un monde cynique et amoral. Le dépouillement du style, la complexité toujours soutenue de l'intrigue donnent une vraie épaisseur littéraire à ce premier volume d'une trilogie annoncée.

Caryl Férey
Zulu

Ed. Gallimard, Série Noire,
392 pages, fr. 35.-

Cape Town, Afrique du Sud. Tout commence avec l'assassinat de la fille d'un célèbre rugbyman. L'autopsie révèle qu'elle a absorbé une drogue inconnue des experts de la police. Trois flics mènent l'enquête dans les townships. Le chef, Ali Neuman, homme tourmenté par un terrible secret, est un Zoulou qui doit son ascension à son seul talent. Il est épaulé par Fletcher, un jeune homme fragile et brillant, et Epkeen, un Afrikaner dur à cuire, mais passablement désespéré.
Au même moment la mère d'Ali se fait agresser par un gamin de onze ans. Ali se fait un point d'honneur de retrouver le coupable. Schéma classique : les deux affaires vont se rejoindre en un kaléidoscope éblouissant qui donnera peu à peu une dimension surprenante et effrayante à cette enquête.
Dès les premières pages, on est bluffé par Caryl Férey : l'Afrique du Sud décrite dans ce polar intense, haletant, est criante de vérité. Les principaux personnages sont solidement construits et attachants. Dans une atmosphère souvent violente, le livre nous offre une image complexe, subtile et pesante de l'Afrique du Sud des années 2000, où l'empreinte laissée par les années de l'apartheid est encore omniprésente : l'apartheid économique écrase encore les habitants des townships, et la lutte des anciens ennemis (ANC, Inkatha, Blancs nostalgiques de l'ancien régime) fait encore rage en sous-main.
Pour tous ceux qu'un récit éprouvant n'effraie pas, Zulu, roman policier politique et social à la fois, sera est une vraie découverte.

 

Deon Meyer
Lemmer, l'invisible

Traduit de l'anglais (Afrique du Sud)
Ed. du Seuil, 432 pages,
fr. 39.30

Lemmer est un garde du corps, un protecteur " invisible ", qui n'est pas baraqué mais fait son travail derrière la scène, tout en silence. Juste avant Noël, la frêle Emma, riche consultante en marketing, l'engage pour la protéger durant son enquête : elle recherche son frère, officiellement mort depuis des années, mais qui semble avoir réapparu sous une autre identité. Ce qui semblait à Lemmer une simple routine, débouche sur une affaire complexe qui fera sortir notre "invisible" de sa réserve.
Deon Meyer sait tisser des intrigues sur plusieurs niveaux, abordant une multitude de problèmes de l'Afrique du Sud contemporaine. Les scènes d'action ne manquent pas, mais le roman ne s'arrête pas à cela. Lemmer, l'invisible touche à des thèmes comme les revendications de terrain, le développement non contrôlé des demeures de luxe, les conflits entre des valeurs occidentales et africaines, le " développement " contre l'environnement. Et, évidemment, l'histoire tourmentée et tragique de l'Afrique du Sud.
Une lecture prenante qui fait (re-)découvrir un pays fascinant.

 

Juan de Recacoechea
American Visa

Traduit de l'espagnol
Ed. de Panama, 254 pages,
fr. 45.50

Mario Alvarez arrive à La Paz avec un billet d'avion pour rejoindre son fils à Miami. Il ne lui manque plus qu'à obtenir un visa. D'abord plutôt optimiste, il pense que ses relevés de banques truqués et ses fausses attestations de propriété lui permettront sans peine de passer cette épreuve. Cela ne va pourtant pas être si facile...
Avec ce roman noir à la sauce bolivienne, Juan de Recacoechea nous emmène à la découverte de son pays et surtout d'une ville hors du commun, La Paz. Ne renonçant à aucun des clichés du genre, alcool, prostituées, hôtel miteux et coups foireux, il les fait littéralement exploser en les plaquant sur un environnement qui leur est étranger.
Drôle, touchant et assez déjanté, American Visa traite de problèmes sociaux très actuels et nous plonge dans l'histoire récente de la Bolivie tout en dépaysant son lecteur comme jamais.

 

Håkan Nesser
Funestes carambolages

Traduit du suédois
Ed. du Seuil, 294 pages,
fr. 39.30

Rentrant d'une soirée bien arrosée, un homme renverse un adolescent avec sa voiture. Il sait parfaitement, pour avoir pris le temps de s'en assurer, qu'il a tué sa victime. Pourtant, il prend la fuite et, après avoir longuement hésité, décide de se taire. Il reçoit bientôt une lettre anonyme lui proposant d'acheter son silence. Pris de panique, l'homme est entraîné dans une spirale infernale.
Un banal fait divers débouche ici sur un suspens d'enfer. Un maître chanteur très raisonnable fait son apparition. Le fils d'un commissaire est assassiné. La chasse à l'homme est lancée. Et ce qui, au départ, se présentait comme une intrigue policière classique, devient une méditation poignante sur le deuil.

Kris Nelscott
La route de tous les dangers

Traduit de l’américain
Ed. Points, 424 pages, fr. 14.10

1968, la tension est grande à Memphis: une grève paralyse la ville et nous sommes à quelques semaines de l'assassinat de Martin Luther King. C’est dans ce contexte que nous découvrons Smokey Dalton, un détective noir dont les affaires ne sont pas particulièrement florissantes et qui ne comprend pas très bien pourquoi Laura Hathaway, une jeune femme blanche de bonne famille, vient faire appel à lui.
Il se trouve qu’elle non plus ne comprend pas pourquoi sa mère a voulu léguer une partie de son héritage à Smokey qui ne la connaissait pas. Smokey se retrouve alors sur la piste de son propre passé.
La route de tous les dangers emprunte à plusieurs genres, polar, roman noir, chronique sociale, récit historique… Ce roman original, premier volet d'une série, nous plonge dans une communauté afro-américaine en pleine crise: le racisme quotidien et la cohabitation difficile avec la population blanche, la violence des quartiers défavorisés, les positions radicales des Blacks Panthers, la figure malmenée de Martin Luther King. La fiction se mêle habilement à la réalité, et le personnage principal, qui s'interroge sur le rôle qu'il doit jouer dans sa communauté, se retrouve un peu malgré lui pris dans la tourmente de l'histoire.

Jed Rubenfeld
L’interprétation des meurtres

Traduit de l’anglais (États-Unis)
Ed. Panama, 480 pages, fr. 44.80

Nous sommes en 1909. Sigmund Freud, accompagné de Ferenczi et Jung, débarque à New York pour donner une série de conférences sur la psychanalyse. Au même moment, une jeune femme de la bonne société est retrouvée assassinée dans son appartement. Le décor est planté, l’histoire est lancée.
Baignant dans les théories du complexe
d’œdipe et du refoulé, dans les mentalités du début du 20e siècle, les pieds dans la boue des chantiers du futur pont de Manhattan, en passant par les hôtels particuliers de Gramercy Park, nous suivons cette enquête avec beaucoup de plaisir, aux côtés de l’inspecteur Littelmore et du Dr. Younger, notre narrateur, jeune homme maladroit et sentimental gagné aux idées de la psychanalyse européenne.
Polar freudien ? Il fallait oser, mais ça marche, car l’auteur est suffisamment bien documenté (il a présenté une thèse sur Freud). Et crédible de manière générale, bien qu’on y trouve d’un côté un Freud paternel, chaperonnant nos héros avec bienveillance, et de l’autre un Jung absolument antipathique et incompréhensible, par exemple… Mais à la naissance de cette immense ville répond la naissance de la psychanalyse, et l’auteur joue parfaitement bien de ces deux parallèles.
Un suspense prenant, un brin rocambolesque, écrit dans un style simple et direct.

Deon Meyer
Le Pic du Diable

Traduit de l’anglais (Afrique du Sud)
Ed. du Seuil, 478 pages, fr. 37.80

Pour l’ancien combattant de la lutte anti-apartheid Thobela Mpayipheli, héros de L’âme du chasseur, retrouver l’Afrique du Sud après des années passées à se battre en Europe et dans d’autres pays africains n’a pas été facile. Confronté au chômage, à la misère et la perte de sa femme, il lui restait un fils qu’il avait adopté. Hélas, celui-ci est tué lors d’un hold-up. Vengeur, Thobela se lance dans une croisade sans merci contre les individus, noirs et blancs, qui torturent et assassinent des milliers d’enfants dans un pays où l’ignorance, l’illettrisme et de terrifiantes croyances tribales font encore d’innombrables ravages, et où le système judiciaire montre bien des failles. À ces assassins et pédophiles, Thobela Mpayipheli va opposer sa loi. Les meurtres se succédant, la police du Cap est mise en état d’alerte et confie le dossier à un enquêteur chevronné, l’inspecteur Bennie Griessel, alcoolique au dernier degré. Dans le cours de l’enquête, Griessel fait la connaissance de Christine, une jeune mère qui travaille au Cap comme prostituée. Tombée sous la coupe d’un trafiquant de drogue d’Amérique latine d’une violence extrême, par ailleurs fou d’elle, elle craint pour sa fille. S’engage alors entre Mpayipheli, Griessel et Christine une course poursuite terrifiante où se mêlent amour, déchéance, criminalité et espoir de jours meilleurs.

Håkan Nesser
Le mur du silence

Traduit du suédois
Ed. du Seuil 2007, 296 pages, fr. 34.-

Les romans policiers de Håkan Nesser ont pour cadre un pays imaginaire, mais ô combien réaliste.
Dans le cinquième volume des aventures du commissaire Van Veeteren et de son équipe de la police de Maardam, nous voici dans le monde des sectes.
Des appels anonymes dénoncent la disparition de jeunes filles d’une colonie de vacances organisée par la secte La Vie Pure. C’est une voix de femme. Mais qui est-elle ? Et est-ce vrai ? Et qu’y a-t-il derrière le fanatisme du chef de la secte ? Le commissaire se heurte à un mur de silence et ne peut compter que sur son intuition.
Style efficace et personnages bien développés : Håkan Nesser nous confirme son talent.
A signaler la parution en poche du troisième volet de la série : Retour à la grande ombre (Ed. Points)
Chaque volume peut se lire séparément.

William G. Tapply
Dérive sanglante

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
Ed. Gallmeister 2007, 268 pages, fr. 41.40

Stoney Calhoun est un homme sans passé : il a été foudroyé et en a perdu la mémoire. Il mène une vie tranquille dans le Maine où il travaille en tant que guide de pêche. Tout bascule quand son collègue et ami disparaît lors d'une expédition de pêche avec un client.
Inquiet, Calhoun se lance sur une piste semée de découvertes macabres et troublantes. De plus, il se découvre d'inattendus et inquiétants talents d'enquêteur.
Une histoire qui coule à un rythme paisible, reflet de la vie rurale du Maine, mais reste captivante jusqu'à la fin. On se réjouit de connaître la suite.

Christian V. Ditfurth
Un homme irréprochable

Traduit de l’allemand
Ed. J. Chambon 2006, 346 pages, fr. 36.00

L’historien Stachelmann, spécialiste de l’époque nazie, est plutôt un chercheur passionné qu’un criminologue. Mais lors de ses retrouvailles avec un vieil ami, il se voit mêlé à une enquête sur un agent immobilier dont les membres de la famille sont assassinés l’un après l’autre.
A priori personne ne comprend pourquoi l’agent, cet homme irréprochable, qui est lebienfaiteur de toute une ville, est pris comme cible, mais au cours de ses recherches,
Stachelmann tombe sur des documents qui vont faire de lui la prochaine cible.
Prisé par les critiques comme le pendant allemand à Henning Mankell, voici une nouvelle série qui commence bien : cet historien en quête de carrière est un personnage attachant et l’enquête est bien ficelée. Un polar à dévorer d’une traite.

John Harvey
De cendre et d’os

Traduit de l’anglais
Ed. Rivages 2006, 364 pages, fr. 39.30

Après dix livres consacrés à son personnage fétiche Charles Resnick, John Harvey nous offre ici la deuxième enquête de Frank Elder, préretraité appelé ponctuellement pour débloquer des affaires non résolues.
Chargé de retrouver le meurtrier d’une femme officier de police, Elder est amené à se battre sur d’autres fronts. En effet la victime, peu avant sa mort, a semble-t-il vu un de ses collègues policier assassiner délibérément un malfrat.
De plus, Frank Elder a une vie compliquée, des relations tendues avec sa fille, entre autres… Comme toujours dans les romans de John Harvey, c’est ce qui donne de la profondeur à un récit par ailleurs remarquablement construit et maîtrisé.
Un policier classique et de grande tenue.

Iain Levison
Une canaille et demie

Traduit de l’américain
Ed. Liana Levi 2006, 240 pages, fr. 32.60

Elias White est un jeune professeur d’histoire arriviste et opportuniste, à la recherche du " coup ", de l’article iconoclaste et brillant qui assurerait sa célébrité.
Phil Dixon, lui, n’en est pas à son premier coup. Braqueur de banque récidiviste, aujourd’hui blessé et en cavale, criminel plus
intelligent que la moyenne, il porte un regard fin et sans concession sur sa vie et la société qui l’entoure.
Quant à Denise Lupo, agent de police, écœurée par le machisme et l’imbécillité ambiants au FBI, elle se verrait bien à la retraite anticipée.
Quand leurs destins se croisent, quand Dixon force White à le cacher, et que Lupo n’est pas loin de retrouver sa trace, cela ressemble à un polar.
Mais Iain Levison nous propose autre chose : un conte moral sans morale, un roman acide et plaisant. Après l’épatant Un petit boulot (qui vient de paraître en poche), l’écrivain écossais confirme son talent en une prose agréable et fluide, et décoche ses traits empoisonnés, sans avoir l’air d’y toucher.
Un délice.

Hugo Hamilton
Déjanté

Ed. Phébus 2006, coll. Rayon noir
236 pages, fr. 34.00

Pat Coyne est un homme en colère. Policier épris de justice et d’ordre, il se verrait bien dans la peau de "l’inspecteur Harry".
Depuis longtemps “Drummler” Cunningham, chef de la pègre locale, fait la nique à la police. Quand il assassine avec la plus grande cruauté l’homme qui s’apprêtait à témoigner contre lui, la police ne peut évidemment rien prouver.
Pat Coyne, lui, aime les choses simples : quand sa femme se prend de passion pour la peinture et passe des heures avec son professeur, c’est peu dire qu’il n’y comprend rien ; il éprouve juste une jalousie stupide. La vie devient décidément insupportable pour cet homme qui aspire depuis longtemps à “relier chaque merde au cul dont elle est sortie”.
Alors un jour, il explose, et la colère qui s’empare de lui est sans limites. Le récit passe avec aisance de l’humour grinçant au polar le plus noir. Hamilton, révélé en France par Sang impur (prix Fémina étranger 2004), compose un roman dense et attachant, plein d’une tendresse tâtonnante.

Ian Rankin
Du fond des ténèbres

Ed. LGF 2006, 508 pages, fr. 16.70

Voici la onzième enquête de l’inspecteur Rebus, cet homme solitaire proche de la retraite, qui n’aime plus trop son travail, et boit trop.
Edimbourg va accueillir le premier parlement indépendant de l’Ecosse depuis 300 ans. Le siège du nouveau Parlement héberge également la légende (et le corps) d’un jeune homme autrefois brûlé par un fou. Près de son corps momifié, on trouve une deuxième, puis une troisième victime. Cette fois-ci, il s’agit d’un futur membre du Parlement écossais, et Rebus est chargé de découvrir l’assassin.
Durant l’enquête, surgissent les noms d’hommes influents et riches, et les enjeux financiers sont importants: inexorable, la violence ne se fait pas attendre.
Critiquant les jeux de pouvoir, ce polar évoque aussi la beauté d’Edimbourg et permet d’oublier la grisaille du dehors.

Henning Mankell
Le retour du professeur de danse

Ed. du Seuil 2006, 412 pages, fr. 39.60


L'inspecteur Stefan Lindman a 37 ans, et vient d’apprendre qu’il a un cancer de la langue. Durant son arrêt de travail forcé, un de ses anciens collègues qu'il admirait le plus vient d'être assassiné. Obsédé par sa maladie, pour exorciser sa peur, il décide de se rendre sur les lieux du crime. Là, il apprend rapidement que celui qui lui semblait si intègre était en réalité un criminel nazi. Se plaisant comme toujours à traquer les travers secrets d'une Suède apparemment exemplaire et tranquille, Mankell déroule une intrigue prenante, mêlant le politique et l'intime dans une trame solide.


John Maddox Roberts

Échec au Sénat
Ed. 10/18 2005, 284 pages, fr. 15.40
La République en péril
Ed. 10/18 2005, 280 pages, fr. 16.50

Traduits de l’anglais

Voici les deux premiers volets d’une nouvelle série de romans policiers qui nous emmènent à l’époque de la Rome antique. Décius Cécilius Métellus le Jeune a décidé de s’installer à son retour de la légion comme modeste enquêteur au service du Sénat et des riches citoyens. Un héros pas toujours très chanceux, parfois un peu snob tant il représente la noblesse romaine, mais toujours sympathique. Des enquêtes policières qui nous font en plus découvrir la vie quotidienne de la République romaine.

Alexander McCall Smith
La vie comme elle va

Traduit de l’anglais
Ed. 10/18 2005, 240 pages, fr. 14.-

Cinquième aventure de la directrice de l’Agence N° 1 des Dames Détectives au Botswana. Et comme toujours une dose d’intrigues et de vie quotidienne en Afrique noire, mélangée à une bonne pincée d’humour. Un moment de pur plaisir.

Christine Adamo
Requiem pour un poisson

Ed. Liana Levi 2005,
444 pages, fr. 32.60

Christine Adamo, scientifique spécialiste du coelacanthe, a choisi la voie du polar pour faire partager sa passion.
Le coelacanthe, ce poisson fossile que l’on croyait disparu depuis des dizaines de milliers d’années, possible chaînon manquant dans l’évolution de l’eau à la mer, puisque ses nageoires évoquent la possibilité de la marche…
Mais voilà qu’en 1938, un marin découvre dans ses filets un coelacanthe bien vivant. S’ensuit une course effrénée à la découverte de nouveaux spécimens, émaillée de nombreuses morts violentes.
Autour de faits bien réels, Christine Adamo tisse une fiction policière alliant intelligemment plusieurs époques, changements de rythmes, explications scientifiques distillées avec légèreté.
Un roman dont le suspense repose non sur la découverte d’un éventuel coupable, mais plutôt sur la révélation du secret du coelacanthe, et la préservation de son existence même.

Christopher Brookmyre
Petit bréviaire du braqueur

Traduit de l'anglais (Écosse)
Ed. Points policier 2010, 436 pages, fr. 14.10

Drôle de roman policier que le dernier Brookmyre. Comédie et suspense se contrebalancent et font qu'on ne pose le livre qu'une fois la dernière ligne lue.
Les médias ont tendance à parler de braquages comme "ingénieux", "audacieux" ou "dangereux". Mais en général, ils ne les décrivent pas comme dadaïste, même ceux qui savent ce que dadaïste veut dire. Mais comment expliquer autrement une chorégraphie de clowns armés devant une banque à Glasgow ou les méthodes surréalistes qu'ils emploient pour s'occuper des otages et de la police en même temps?
Règlements de comptes, poursuites, drôle d'idées et une fin surprenante…
Comme dans ses précédents livres, Christopher Brookmyre mélange le suspense et l'humour avec tant de maîtrise, qu'on ne peut poser le livre qu'après avoir lu la dernière ligne.