Politique
du livre

Fonctionnement de la
Librairie
La Librairie du Boulevard est une société coopérative
fonctionnant en autogestion. Les employé-es ont donc tous
le même statut, le même salaire et les mêmes responsabilités.
Toutes les décisions sont prises collectivement. L'équipe
compte actuellement six personnes à temps partiel ainsi que
deux apprentis. Ce fonctionnement a toujours apporté beaucoup
de satisfaction. Mais l'évolution du monde du livre pose
de nombreux problèmes aux libraires indépendants,
et nous luttons contre leur disparition. Voici quelques textes situant
notre point de vue:
Le livre moins cher... et après?
La vie du livre suit son
cours...
Le livre moins cher... et après?
Le livre n'est pas un produit comme les autres:
voilà bien
longtemps que les professionnels du livre de tous bords répètent
et tout le monde s'accorde là-dessus. Le livre n'est pas
qu'un produit économique, il est surtout un bien culturel,
un vecteur de savoir qu'on ne peut abandonner aux seuls lois du
marché, à la seule logique des concentrations. Il
est temps de prendre les mesures politiques qui s'imposent: établir
en Suisse un prix unique!
La pratique du rabais sur le prix des livres est autorisée
dans notre pays. Pourtant chacun doit savoir aujourd'hui que la
guerre sur les prix entraîne à long terme une raréfaction
des titres proposés sur le marché. La concurrence
se fait essentiellement sur les ouvrages "faciles", ceux
que tout le monde demande, ceux que tout le monde connaît.
Par contre, les livres de création originale, les titres
moins connus, peu médiatisés, ont tendance à voir
leur prix augmenter puis à disparaître, car trop coûteux.
S'ensuit la disparition progressive des détaillants du
livre, professionnels dont le service est irremplaçable.
Cette disparition devrait mobiliser le public et les autorités.
L'exemple anglo-saxon prouve que la liberté sur les prix
n'entraîne pas de baisse de prix pour le client: depuis que
le prix unique du livre a été abandonné le
prix moyen des livres a nettement augmenté. De plus, le
marché est livré à quelques grandes chaînes
de librairie qui imposent leur loi commerciale aux éditeurs
eux-mêmes.
Les libraires attachés à une vision globale de la
politique du livre défendent contre vents et marées
le respect du prix fixé par l'éditeur ou son importateur.
La concurrence sur les prix doit laisser place à une concurrence
par la qualité du service qui peut prendre bien des formes
selon l'identité de la librairie: qualité de l'information,
de l'accueil, du conseil, rapidité et fiabilité des
commandes, qualité ou quantité des titres en magasin.
Il importe que nos femmes et hommes politiques se sentent concernés
par ce combat pour la culture; de même, chaque lecteur doit
prendre conscience que chacun de ses achats est un acte politique
et que privilégier les rabais risque un jour d'avoir un coût
infiniment plus important que le petit bénéfice recherché.
Ce choix est à faire dès maintenant, avant qu'il ne
soit trop tard.
La vie du livre suit son cours...
Il y a quatre ans déjà, nous vous avions écrit.
La Librairie du Boulevard fêtait alors ses 25 ans, et à la
veille de l'arrivée de la FNAC à Genève nous
vous faisions part de nos craintes.
Quatre ans plus tard, qu'en est-il?
Appelons un chat un chat: depuis plus de trois ans, parlez de
livre, de disque, de spectacle, et quatre lettres s'impriment immanquablement
dans l'esprit du consommateur de culture: FNAC. "C'est Pavlov",
disait un célèbre éditeur. Et force est de
constater que ce réflexe mêle subtilement panurgisme
et air du temps, révolte cool et conformisme. Une politique
massive de communication donne à voir tous les avantages à court
terme de la joie de "consommer intelligent". Et ça
marche, bien sûr.
Le scénario catastrophe est devenu réalité.
La guerre des prix annoncée a bien eu lieu, les grandes
chaînes se battent à coup d'offres, de rabais. A Lausanne,
où la librairie indépendante est sinistrée
depuis des années, la situation a encore empiré.
Exit l'Âge d'Homme, Artou, l'Ale et la Nef. A Genève,
les libraires Panchaud et Artou ont fermé, Forum reconvertit
ses libraires en vendeurs de hi-fi ou de prêt-à-porter.
Quant à la librairie Descombes, elle doit son salut in extremis à un
amoureux du lieu, loin de toute considération de rentabilité immédiate.
A qui le tour?
En arrière-fond, les grandes manoeuvres des groupes d'édition
se sont poursuivies. Vivendi a vendu sa division livre. Hachette,
bridé par la Commission européenne, ne pourra s'offrir "que" 40%
de ce qui est devenu Editis, mais pèsera tout de même
plus du double de son principal concurrent. Le Seuil a été racheté par
la Martinière. L'inquiétude règne chez les éditeurs
indépendants.
Alors? A coup de petits choix apparemment insignifiants, à coup
de petites exceptions aux fidélités, à coup
d'achats groupés avantageux, ou par simple paresse ("puisque
j'y suis..."), nous façonnons tous les jours ce monde
dont nous regrettons la forme, la cruauté, la rationnalité impitoyable.
La Librairie du Boulevard, elle, veut continuer de jouer son rôle,
soutenant autant que possible les éditeurs indépendants
dont les choix éditoriaux contribuent à la diversité et à la
qualité de la production.
Aujourd'hui, la Librairie du Boulevard, comme les autres librairies
indépendantes, a besoin du soutien de tous ceux qui croient
en son utilité. Un monde sans ces librairies, sans les livres
qu'elles défendent? Ce choix, nous le jugeons inacceptable.
Car rien n'est pire qu'un abandon à demi conscient à
"l'ordre des choses", au simple courant du monde qui va.
A chacun, bien sûr, de définir ses priorités,
mais nous pensons quant à nous que la culture de l'écrit
telle que nous la défendons doit en faire partie.
Manifeste pour protéger
le livre en Suisse par une loi
Nous, gens du livre, entendons témoigner du grand danger
qui menace la culture dans notre pays. Un marché complètement
déréglé met en péril toute la chaîne
du livre, de lauteur au lecteur.
Or, le livre nest pas un simple produit de consommation! "Il
transmet le savoir et la pensée, exprime la réalité
et limagination, dit lémotion, nourrit le rêve.
Il diffuse la langue, facteur particulièrement important
de lidentité. Bref, le livre est un véhicule
essentiel de la culture."
Jean-Philippe Maitre (Initiative parlementaire 04.430)
Les nouvelles technologies ne lont encore jamais supplanté.
Pour toutes ces raisons, protégeons le livre par une loi
comme lont fait avec succès tous
les pays qui nous entourent, la France, lAllemagne, lAutriche,
lItalie.
Une loi pour :
- Favoriser laccès à la culture, à la
formation, à un juste prix pour tous, pour tous les livres
et non seulement pour les produits dappel.
- Maintenir un réseau dense, décentralisé et
varié de points de vente.
- Assurer la publication dun grand choix de livres suisses
et de livres à tirage restreint dans nos quatre langues.
- Garantir le maintien demplois spécialisés.
- Solliciter le lecteur dans toutes sortes de lieux avec toutes
sortes de livres dici et dailleurs qui nourrissent son
esprit et suscitent sa curiosité.
Le discount sauvage des best-sellers aboutit à une forme
de monopole dont on connaît lultime danger: mort de
la concurrence, appauvrissement de loffre, prix à la
hausse. Un résultat paradoxal pour ceux qui ont le souci
de maintenir une saine concurrence! Le pays modèle de la
diversité culturelle ne doit pas devenir le fossoyeur de
ses écrivains et de leurs oeuvres. LUnesco, lannée
dernière, a montré la voie en adoptant une convention,
que la Suisse signée, pour reconnaître au livre son
caractère culturel et laffranchir des règles
du commerce international.
Parlementaires, avant quil ne soit trop tard, offrez à
notre pays une loi qui protège le livre et nous permette
de conserver notre patrimoine intellectuel et notre identité
culturelle.
Association Suisse des Diffuseurs, Editeurs et Libraires (ASDEL)
Manifeste
des éditeurs
Le prix du livre - protéger le lecteur.
Un texte de Marlyse Pietri, fondatrice des Editions Zoé.
Texte paru dans "Genève se Livre" No.2, novembre 2011
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